L’aveu de Marine Le Pen

Tragique fait divers hier à Paris. Dominique Venner, essayiste et historien d’extrême droite, ancien membre de l’OAS et de divers groupuscules de la droite ultra-radicale, s’est suicidé à l’âge de 78 ans dans la cathédrale de Notre-Dame de Paris. D’après les témoins, l’homme s’est rendu silencieusement derrière l’autel, puis s’est tiré une balle peu après 16 heures avec un pistolet de fabrication belge (le « made in France », au passage, en a pris un coup fatal… salauds de Belges !)

Fort heureusement pour les autres mais malheureusement pour lui, Dominique Venner ne s’en est pris qu’à lui-même. Je n’ose toutefois imaginer les terribles conséquences s’il avait été sensible à la lecture de l’Eloge littéraire d’Anders Breivik publié, l’année dernière, par son confrère Richard Millet, lui aussi obsédé par la décadence de la vieille Europe… Venner semble donc avoir opté pour la « simplicité » d’un sacrifice d’inspiration chrétienne : donner sa vie pour sauver la nôtre, c’est-à-dire notre identité, notre culture, notre civilisation, nos saucissons pur porc etc. Ce sacrifice est d’autant plus paradoxal que l’individu paraissait ne pas croire en une vie après la mort, ainsi qu’il l’a confié dans un message lu à l’antenne de Radio Courtoisie : « J’aime la vie et n’attends rien au-delà, sinon la perpétuation de ma race et de mon esprit. »

Ceci étant dit, j’ai été interpellé par la réaction de Marine Le Pen postée très rapidement sur Twitter après l’annonce du suicide de Dominique Venner. Je la trouve particulièrement intéressante car elle démontre parfaitement, et plus qu’un long discours, à quel point le soi-disant infléchissement de la ligne politique du Front National est un leurre.

Que la présidente du Front National exprime du respect à l’égard de la personne de Dominique Venner est une chose qui peut tout à fait se concevoir, mais qu’elle le manifeste publiquement pour souligner le caractère « éminemment politique » (sic) de cette brutale disparition en est une autre, surtout quand on prend connaissance des raisons avancées par l’écrivain dans sa lettre d’adieu :

« Je crois nécessaire de me sacrifier pour rompre la léthargie qui nous accable (…) Je me donne la mort afin de réveiller les consciences assoupies. Je m’insurge contre la fatalité [contre] les désirs individuels qui détruisent nos ancrages identitaires et notamment la famille, socle intime de notre civilisation multimillénaire (…) Alors que je défends l’identité de tous les peuples chez eux, je m’insurge aussi contre le crime visant au remplacement de nos populations »

Tel est donc le geste éminemment politique salué par Marine Le Pen. Quel aveu ! Ainsi le réveil du peuple de France passe, pour la présidente du FN, par le rejet de l’autre, le rejet de celle ou de celui qui est différent de soi, le racisme, l’homophobie et la xénophobie, la violence, le culte paranoïaque d’une France culturellement homogène, voire l’anéantissement de sa propre vie… L’aveu est d’ailleurs si considérable que la présidente du FN l’a immédiatement modéré pour qu’on ne l’accuse pas ensuite de vouloir susciter chez les esprits fragiles des vocations au martyre :

Qu’en déduire ? Une chose simple qui, hélas, tend à être oubliée des citoyens. Le Front National n’est pas un parti politique comme les autres. Il est hors du champ républicain malgré sa volonté affichée de paraître respectable et presque banal. Tout ceci, bien sûr, n’est que posture et manoeuvre car l’idéologie du FN demeure bel et bien ancrée dans les thématiques classiques de l’extrême droite : nationalisme, préférence nationale, culte du chef, protectionnisme, xénophobie, racisme, antisémitisme, homophobie, défense des valeurs dites « traditionnelles ».

Gabale, Mende (Lozère) le 22 mai 2013

Jacques Myard, non mais allo quoi…

L’assemblée nationale est appelée à plancher sur un projet de loi prévoyant entre autre l’élargissement de la possibilité pour les universités de dispenser des cours en langues étrangères, notamment en anglais. Il n’en fallait pas davantage pour que le député UMP Jacques Myard fasse son petit numéro, au Palais Bourbon, lors des questions au gouvernement.

 

Comment peut-on être aussi con et, surtout, aussi satisfait de l’être ? Car, n’en doutons point, le député Myard doit être intimement persuadé qu’il a fait là un bon coup.

Alors je le sais, certains d’entre vous vont me dire : « Ce n’est pas gentil de traiter Jacques Myard de con. Il ne t’a rien fait le petit gros. Tu dis ça parce que tu es un idéologue. Et puis d’abord, même si c’est un con, prouve-le ! »

Justement, la connerie du député UMP est très facile à prouver. Il suffit de rappeler que Jacques Myard a fait une grande partie de sa carrière professionnelle au ministère des affaires étrangères. A ce titre, notre homme maîtrise plusieurs langues étrangères. Il a pu les approfondir non seulement durant ses études, à l’IEP de Lyon et à l’Université de Genève notamment, mais aussi durant ses activités de diplomate.

Et c’est précisément ce con là qui fustige hypocritement le projet de loi présenté par Madame le Ministre de l’enseignement supérieur alors qu’il sait pourtant parfaitement l’importance et l’utilité des langues étrangères dans ce monde multipolaire où les Etats sont de plus en plus économiquement dépendants les uns des autres !

Il y a donc dans cette intervention à l’assemblée nationale l’arrogance et le mépris du con qui refuse aux autres la chance qu’il a eue lui-même de pouvoir bénéficier d’un enseignement supérieur de qualité. Et tout ça uniquement pour de la petite polémique politicienne à deux balles.

Si Nabilla, la poupée siliconée au QI d’huitre de la TV réalité, s’étonnait qu’une fille puisse ne pas avoir de shampoing (non mais allo quoi ?), étonnons-nous à notre tour qu’un ancien diplomate français veuille combattre un projet de loi visant à élargir la pratique des langues étrangères dans l’enseignement supérieur.

Jacques, t’as été diplomate, et t’es contre les langues étrangères ? Nan mais sérieux, c’est un truc de ouf. J’hallucine grave là. Non mais allo… Allo quoi…

Gabale, Mende (Lozère) le 21 mai 2013

Jérôme Cahuzac renonce à se présenter à la législative partielle

La petite promenade de l’ancien ministre, le 11 mai dernier, sur le marché de Villeneuve-sur-Lot, commune dont il a été le maire de 2001 à 2012, a suscité de nombreux commentaires tout au long de la semaine. Jérôme Cahuzac vient cependant de mettre un terme aux spéculations en annonçant son intention de ne se pas se présenter à la législative partielle.

Je rappelle ce que j’avais écrit le 11 avril :

« De toute façon, Jérôme Cahuzac a prévenu : il n’a pour l’instant que faire de « la bonne conscience » des autres, notamment celle des politiques qui le lâchent avec de la morale plein la bouche après l’avoir encensé des années durant. Il semble ne reconnaître que deux seules autorités : celle du magistrat qui peut demain le condamner juridiquement et celle de l’électeur qui peut demain le condamner politiquement. »

Telle était l’alternative devant laquelle l’intéressé se plaçait. Le juge ou l’électeur. Pour des raisons de calendrier et d’absence de condamnation pénale, Jérôme Cahuzac avait donc bel et bien la volonté de s’en remettre au verdict des urnes avant d’admettre l’impossibilité d’un retour politique rapide. Et de déclarer à La Dépêche du Midi :

« S’en remettre au suffrage universel serait-il donc indécent ou impudique ? À croire que certains avaient peur de ce que le peuple dirait (…) [J'ai craint] une campagne violemment haineuse avec un harcèlement médiatique incessant, rendant toutes les explications difficiles ou impossibles, compromettant ou gâchant le rendez-vous que j’espérais avec les électeurs ».

Il n’est certes pas fondamentalement indécent ou impudique de s’en remettre au suffrage universel pour espérer rebondir politiquement. Je reconnais même qu’il faut un certain courage pour aller au-devant des gens dans un tel contexte et ce malgré une action politique locale saluée par tous (il faut le souligner). Toutefois, si l’ancien ministre s’était porté candidat, il est fort probable que ses craintes se soient vérifiées. Les problèmes de la circonscription se seraient effacés devant la polémique nationale. Il est évident que dans un tel contexte, sa candidature n’était ni opportune ni utile alors que son affaire est toujours pendante devant le tribunal correctionnel. Dans un Etat de droit, il n’est pas sain de jouer l’électeur contre le juge : c’est l’arme même des démagogues. En effet, en démocratie, l’élection au suffrage universel ne place personne au-dessus de la loi.

Le rendez-vous espéré avec les électeurs n’aura donc pas lieu. En revanche, le rendez-vous avec le juge, lui, est programmé. Et c’est bien devant ce dernier que Jérôme Cahuzac devra réserver en priorité ses explications. Du verdict, et du verdict seul, dépendra son éventuel retour à la vie publique.

Gabale, Mende (Lozère) le 19 mai 2013

Le Général Tripes est mort

L’ancien dictateur argentin Jorge Rafael Videla, condamné en 1985 à la prison à perpétuité pour la répression sanglante durant sa présidence (1976-1981), est mort vendredi 17 mai à l’âge de 87 ans.

J’étais encore trop jeune pour avoir le souvenir des atrocités de la dictature argentine. Néanmoins, quand j’entends le nom de ce criminel, je pense chaque fois à ce passage de la chanson de Léo Ferré « Words, Words, Words » que j’écoutais quand j’étais adolescent.

Et dire qu’en Grèce, dans le sein même du pays qui a vu naître la démocratie il y a environ 2500 ans, certains regrettent aujourd’hui la dictature des colonels

Gabale, Mende (Lozère) le 17 mai 2013