Tragique fait divers hier à Paris. Dominique Venner, essayiste et historien d’extrême droite, ancien membre de l’OAS et de divers groupuscules de la droite ultra-radicale, s’est suicidé à l’âge de 78 ans dans la cathédrale de Notre-Dame de Paris. D’après les témoins, l’homme s’est rendu silencieusement derrière l’autel, puis s’est tiré une balle peu après 16 heures avec un pistolet de fabrication belge (le « made in France », au passage, en a pris un coup fatal… salauds de Belges !)
Fort heureusement pour les autres mais malheureusement pour lui, Dominique Venner ne s’en est pris qu’à lui-même. Je n’ose toutefois imaginer les terribles conséquences s’il avait été sensible à la lecture de l’Eloge littéraire d’Anders Breivik publié, l’année dernière, par son confrère Richard Millet, lui aussi obsédé par la décadence de la vieille Europe… Venner semble donc avoir opté pour la « simplicité » d’un sacrifice d’inspiration chrétienne : donner sa vie pour sauver la nôtre, c’est-à-dire notre identité, notre culture, notre civilisation, nos saucissons pur porc etc. Ce sacrifice est d’autant plus paradoxal que l’individu paraissait ne pas croire en une vie après la mort, ainsi qu’il l’a confié dans un message lu à l’antenne de Radio Courtoisie : « J’aime la vie et n’attends rien au-delà, sinon la perpétuation de ma race et de mon esprit. »
Ceci étant dit, j’ai été interpellé par la réaction de Marine Le Pen postée très rapidement sur Twitter après l’annonce du suicide de Dominique Venner. Je la trouve particulièrement intéressante car elle démontre parfaitement, et plus qu’un long discours, à quel point le soi-disant infléchissement de la ligne politique du Front National est un leurre.
Tout notre respect à Dominique Venner dont le dernier geste, éminemment politique, aura été de tenter de réveiller le peuple de France. MLP
— Marine Le Pen (@MLP_officiel) 21 mai 2013
Que la présidente du Front National exprime du respect à l’égard de la personne de Dominique Venner est une chose qui peut tout à fait se concevoir, mais qu’elle le manifeste publiquement pour souligner le caractère « éminemment politique » (sic) de cette brutale disparition en est une autre, surtout quand on prend connaissance des raisons avancées par l’écrivain dans sa lettre d’adieu :
« Je crois nécessaire de me sacrifier pour rompre la léthargie qui nous accable (…) Je me donne la mort afin de réveiller les consciences assoupies. Je m’insurge contre la fatalité [contre] les désirs individuels qui détruisent nos ancrages identitaires et notamment la famille, socle intime de notre civilisation multimillénaire (…) Alors que je défends l’identité de tous les peuples chez eux, je m’insurge aussi contre le crime visant au remplacement de nos populations »
Tel est donc le geste éminemment politique salué par Marine Le Pen. Quel aveu ! Ainsi le réveil du peuple de France passe, pour la présidente du FN, par le rejet de l’autre, le rejet de celle ou de celui qui est différent de soi, le racisme, l’homophobie et la xénophobie, la violence, le culte paranoïaque d’une France culturellement homogène, voire l’anéantissement de sa propre vie… L’aveu est d’ailleurs si considérable que la présidente du FN l’a immédiatement modéré pour qu’on ne l’accuse pas ensuite de vouloir susciter chez les esprits fragiles des vocations au martyre :
Il n’en demeure pas moins que c’est dans la vie et l’espérance que la France se redressera et se sauvera. MLP
— Marine Le Pen (@MLP_officiel) 21 mai 2013
Qu’en déduire ? Une chose simple qui, hélas, tend à être oubliée des citoyens. Le Front National n’est pas un parti politique comme les autres. Il est hors du champ républicain malgré sa volonté affichée de paraître respectable et presque banal. Tout ceci, bien sûr, n’est que posture et manoeuvre car l’idéologie du FN demeure bel et bien ancrée dans les thématiques classiques de l’extrême droite : nationalisme, préférence nationale, culte du chef, protectionnisme, xénophobie, racisme, antisémitisme, homophobie, défense des valeurs dites « traditionnelles ».
Gabale, Mende (Lozère) le 22 mai 2013

